Skip to main content

Qu'est-ce que le parkour ?

Dans une série de quatre articles, je fais le tour de la question: "qu'est-ce que le parkour ?" La question se pose, évidemment, parce qu'il existe différentes conceptions de cette pratique, qui sont parfois en tension les unes avec les autres. La définition du parkour a pu faire débat dans le passé, et il n'est pas clair que cette question soit tranchée. Mais plutôt que d'énumérer des définitions du parkour ou de proposer la mienne, le but est ici de faire le tour des manières de se poser la question et des types de réponses qui peuvent y être données. L'enjeu est méta, donc.

  1. Le parkour, empiriquement
  2. Le parkour comme pratique en tour par tour
  3. Définir le parkour
  4. L'ontologie du parkour

Ci-dessous, un petit résumé absolument pas exhaustif.

1 Description empirique #

Une première approche consisterait à être purement descriptifs. Le parkour, c'est ce que les traceurs font quand ils disent faire du parkour. Il suffit donc d'aller voir ce qu'ils font ! Facile.
Le fait est que cela a des résultats déroutants. Le parkour, ça consiste en grande partie à discuter, à s'observer mutuellement et à attendre son tour. Beaucoup d'immobilité donc ! Est-ce que c'est vraiment ça ?
Bien sûr, ce n'est pas que cela. Il y a également la co-construction d'un savoir sur les possibilités offertes par un environnement via des challenges progressifs et collectifs. Contrairement à certaines descriptions communes du parkour, cela implique un certain nombre d'actions inefficientes et un focus sur des techniques comme le "stick" qui n'ont pas pour but de franchir des obstacles.

Lorsqu'on observe finement le parkour en tant qu'activité concrète, on peut relever des choses que les pratiquants eux-mêmes ne remarquent et ne discutent jamais. Ainsi, dès que plusieurs pratiquants se trouvent dans le même espace, la pratique du parkour prend souvent la forme d'une pratique organisée en tour par tour en fonction d'espaces d'attention. C'est un mode d'organisation fréquent, vu mais pas remarqué par les pratiquants.
En somme, un espace attentionnel se crée lorsque les traceurs prêtent attention aux objets pertinents pour leur action ainsi qu'aux autres pratiquants intéressés par les mêmes objets. Au sein de cet espace attentionnel, une organisation en tour par tour se met en place de manière à ce que chacun puisse pratiquer de manière à peu près égale et sans risque de collision. Inspiré par l'analyse conversationnelle, je propose tout un modèle permettant de décrire cela.

Ces deux articles sont bourrés de détails, mais ce qu'on peut retenir ici c'est qu'il y a un grand écart entre ce que les traceurs disent du parkour est au mieux très incomplet. Se reposer sur les discours pour faire l'économie de l'observation n'est pas très sérieux, et je pense qu'il faut en tirer une leçon générale: une pratique, ça ne s'analyse pas uniquement à partir des discours.

2 Language #

Néanmoins, les discours ont des choses à nous apporter. Pour répondre à la question "qu'est-ce que le parkour", il n'est pas aberrant d'aller voir ce que les pratiquants eux-mêmes en disent. Il se trouve que pour décrire leur activité, les traceurs puisent dans divers répertoires qui sont mutuellement contradictoires. Leurs descriptions et définitions correspondent rarement à la description que ferait un observateur attaché à la concrétude de l'activité se déroulant sous ses yeux.
Je montre que ces discours servent à légitimer le parkour et à lui donner un surplus de sens, mais qu'ils ont également une dimension normative qui est partiellement constitutive de la pratique. Qu'est-ce que ça signifie ? En bref, que les traceurs utilisent des discours, des descriptions et des normes pour guider leur action et produire du mouvement qui "compte" comme du parkour. Si j'ai raison, on peut s'attendre à ce que débattre de ce qu'est le parkour sert à définir ce qu'il devrait être et in fine change la pratique concrète.

3 Métaphysique #

Qu'est-ce que le parkour si on monte en abstraction ? Est-ce qu'on peut vraiment parler comme d'une chose ou entité ? Si oui, quel type d'entité ?
En utilisant des outils de l'ontologie sociale, je suggère le parkour doit être mis dans la boite des pratiques sociales. Selon la conception que je défend, le parkour est composé de toutes les activités concrètes réalisées dans le but intentionnel de réaliser un certain type d'action.
Sur le chemin, je discute une certaine conception des pratiques sociales qui les réduit aux actions de groupe. Je suggère que pour traiter de pratiques comme le parkour qui reposent sur des types d'action socialement construits mais dont les occurrences peuvent être réalisées par un individu seul, il parait utile d'utiliser une conception des pratiques sociales qui n'est pas basée sur les actions de groupe.
Je montre aussi que cette montée en abstraction est assez utile pour avoir un cadre conceptuel avec lequel discuter de questions comme celle du changement de la pratique au fil du temps.